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dimanche 23 janvier 2011

Les Pixies, lutins rockeurs de Boston

Rendus célèbres par la chanson « Where Is My Mind? » dans la BO de Fight Club (la fameuse scène finale où tout explose alors que Edward Norton et Helena Bonham Carter sont côte à côte), c’est malheureusement souvent tout ce que le néophyte connait de ce groupe génial. Rendons donc à César ce qui lui appartient et replaçons les choses dans leur contexte.

Les Pixies peuvent se targuer de faire office de figure de proue du rock alternatif. Leur formation en 1986, dans des années souvent considérées comme stériles, avec un rock qui se cherche après la fin du punk, semble relever d’une erreur temporelle. Certes, la décennie contient son lot d’artistes qui en valent le détour (INXS, Sonic Youth, REM, Violent Femmes, Gang of Four, Mudhoney, The Fall, Orange Juice…). Mais combien peuvent prétendre à une influence comparable à celle des Pixies ?

Cette fascination n’a peut-être d’égale que l’invraisemblance de leur rencontre, enchevêtrement improbable des fils du destin. Charles Thompson IV, alias Black Francis (chanteur principal) rencontre d’abord Joey Santiago (futur guitariste) avec qui il partage une chambre à l’université. Une amitié se développe entre ces deux passionnés de musique, qui décident un peu plus tard de former un groupe de rock. Ils passent alors une annonce dans un journal pour trouver une bassiste, et Kim Deal se présente à leur porte. La demoiselle en question ne sait pas jouer de la basse : tant pis, on ne s’arrêtera pas à ce petit détail. Peut-être parce que sa fougue est visible, et son caractère bien trempé. Ou alors parce qu’elle est la seule à avoir donné suite à leur annonce (il faut dire aussi qu’ « une bassiste qui aimait à la fois le trio de folk Peter, Paul and Mary et le groupe Hüsker Dü », ça ne court pas forcément les rues). Ne manque alors plus qu’un batteur et un nom. Pour le premier, coup de chance, Kim se souvient avoir croisé quelqu’un à un mariage : ce sera David Lovering. Pour le second, la consultation d’un dictionnaire fera l’affaire.

Après quelques répétitions dans le garage de David, la nouvelle formation sort un bon premier EP, Come On Pilgrim, en 1987. « Caribou » érige Francis Black comme maître dans sa discipline, capable aussi bien d’une voix apaisée de fausset que d’un timbre rageur et mordant. « Nimrod’s Son » illustre son obsession jamais démentie pour les thèmes bibliques, tandis que « The Holiday Song » aborde l’onanisme.

En 1988, une bombe rock détonne dans un paysage désolé. C’est Surfer Rosa, le premier album des Pixies, qui leur conférera une reconnaissance éternelle. Non content de bénéficier du rare talent de son chanteur, il doit aussi une grande partie de son succès à sa synergie avec Kim, pas tant pour son jeu de basse (par ailleurs en nette amélioration), que pour sa voix utilisée en complément de Black, établissant une atmosphère électrisante, comme sur « River Euphrates ». C’est aussi elle qui écrit et chante « Gigantic », morceau plébiscité par les foules, une sorte d’alter-ego à « Where Is My Mind? », écrite et chantée par Black. Evoquons encore « Something Against You », pleine d’une rage autant instrumentale que vocale dans un style assez hardcore, « Oh My Golly! », qui illustre la fougue indomptable du batteur, ou encore le joyeux « Vamos » chanté en espagnol.
Ce qui ressort surtout de Surfer Rosa, c’est l’alternance entre des couplets calmes et des refrains débridés, style peu ou pas exploité à l’époque dont on leur reconnait la paternité, et qui va devenir la marque de fabrique du groupe.

Mais la bande de lutins ne s’arrête pas là, et sort l’année suivante Doolittle, qui, aux côtés de Surfer Rosa, se dispute généralement la première place dans le cœur des fans des Pixies. Alors qu’avec le premier, on était dans un style assez sale et brut, le second est beaucoup plus propre, conséquence d’un changement de producteur, et d’une hausse de budget. Bien qu’adepte du lo-fi, ma préférence va quand même à Doolittle, qui regorge de merveilles insoupçonnées.
« Debaser » introduit l’album en opposant la hargne de Black à la douceur des contre-chants de Kim. « Wave of Mutilation » est pleine d’un charme insaisissable, et véhicule une émotion presque palpable. Ce thème de la souffrance, souvent exploitée par Black, se retrouve aussi dans « I Bleed ». Pépite pop très dansante au refrain prenant, « Here Comes Your Man » en est aux antipodes. « Dead » joue sur de brusques changement de rythme, et « Monkey Gone To Heaven », autre morceau très connu des Pixies, parle de la destruction du monde par l’homme. Encore plus que dans Surfer Rosa, tout est bien fait et bien construit dans cet album, et des morceaux comme « There Goes My Gun » l’attestent. Il se conclut avec « Silver », émouvant duo entre Black et Kim, et « Gouge Away », bel exemple du génie rebelle du groupe.

Tout semble aller pour le mieux, mais des tensions apparaissent entre Francis et Kim. Le premier est assez méthodique et sérieux, tandis que la seconde est en proie à des problèmes de drogue et d’alcool. Pour certains concerts, elle arrive en retard, pour d’autres, elle ne tient plus debout. Les Pixies annoncent logiquement une pause, au cours de laquelle chacun va vaquer à ses occupations. Kim renouera alors avec son groupe d’enfance, les Breeders (qui comprend notamment une membre des Throwing Muses), pour sortir un premier album, Pod.

Après ce break, le groupe se retrouve pour un nouvel opus en 1990, Bossanova. Conséquence des frasques de Kim, il mettra cette fois-ci bien plus en avant la personne de Black, auteur et chanteur principal de toutes les chansons. Si sa présence en contrepoint de celle de Kim se fait parfois regretter, cela ne suffit pas à nuire à la qualité de l’ensemble, qui, malgré toutes ces tensions, reste d’excellente facture.
Evolution principale : les chansons bestiales qui caractérisaient Surfer Rosa et Doolittle sont ici quasi absentes, sauf pour « Rock Music » et ses paroles incompréhensibles (« Your Mouth's A Mile Away »). Mais le groupe en profite pour concocter des mélodies et des riffs géniaux, comme sur « Ana » et sa ligne de guitare ensorcelante. La basse fait un travail formidable sur « Is She Weird », et la batterie donne tout son panache à « Down to the Well ». « The Happening » est soufflante : la tension aérienne semble ne jamais vouloir s’arrêter, mais elle est soudain rompue lorsque Black change de ton (mais comment fait-il ?) pour prononcer « … beneath the sky ». Evoquons encore « Hang Wire », alternance réussie entre rage et accalmie dans le chant de Black et « Havalina », qui conclut Bossanova de façon très mélodieuse.

Avec la tournée qui s’ensuit, les tensions entre Kim et Black subsistent. On parle même d’une séparation prochaine du groupe. C’était sans compter la production, qui, pour le meilleur ou pour le pire, parvint à les convaincre de travailler une dernière fois ensemble. On aurait pu craindre qu’il s’agisse là du fameux album de trop, qui confirme la mort de l’inspiration d’un groupe. Et pourtant, sous leur chapeaux pointus, nos lutins dissimulaient encore quelques surprises. Des rumeurs soutenaient que le style musical des Pixies avait évolué vers du heavy metal. Si elles furent vite infirmées à la sortie de Trompe Le Monde en 1991, certains titres n’en demeurent pas moins marqués par un son violent. La rage présente dans Surfer Rosa refait surface, comme dans « Planet of Sound ». Le titre éponyme de l’album explore un peu toutes les directions, et mise sur des effets d’éloignement des guitares et de réverb pour opérer une séduction efficace. « Alec Eiffel » est un hommage réussi à la fameuse tour parisienne, qui a toujours fasciné Black, tandis que « Head On » est une reprise dynamique de The Jesus and Mary Chain. « Letter to Memphis » est une des rares chansons d’amour (avec « La La Love You ») composées par les Pixies. Le festival continue avec « Bird Dream of the Olympus Mons », qui se distingue par des sonorités inquiétantes presque imperceptibles en arrière plan. « Motorway to Roswell » constitue une belle chanson pop et « The Navajo Know » se nappe d’une atmosphère riche et décomplexée, qui sonne tristement la fin de l’album…

L’influence des Pixies trouvera un écho chez de nombreux musiciens, au premier rang desquels on trouve Kurt Cobain, grand admirateur de Surfer Rosa et qui reconnait volontiers que son « Smells Like Teen Spirit » n’aurait jamais vu le jour sans eux. A ce propos David Bowie dira d’ailleurs : « J’ai été très déçu le jour où j’ai appris que les Pixies se séparaient. Quel gâchis… Je les imaginais déjà conquerir le monde. Quand j’ai entendu Nevermind de Nirvana pour la première fois, j’ai été très en colère. Les dynamiques des morceaux, c’était une razzia totale des Pixies. J’aurais tellement aimé voir les Pixies et Sonic Youth au sommet. » S’il faut encore donner un nom, citons par exemple Damon Albarn, qui reconnaît qu’il voulait sonner comme les Pixies aux débuts de Blur.

Avec la séparation des Pixies, c’est donc la fin d’une légende. Enfin, presque. D’une part, parce que les membres vont se reformer pour des concerts de temps en temps. D’autre part parce qu’ils continuent à exprimer leur talent dans des projets solos.
Black Francis entame une carrière réussie sous le pseudonyme de Frank Black, écoutez par exemple « You Ain’t Me » ou « Headache ». Kim Deal continuera quant à elle l’aventure qu’elle avait entamée avec les Breeders, et sortira notamment en 1993 l’album à succès Last Splash, qui contient les morceaux « Cannonball » et « Divine Hammer ». A ce jour, elle y officie encore.

La perspective d’un nouvel album des Pixies n’est aujourd’hui pas à l’ordre du jour. Pourtant, Kim et Charles n’ont jamais perdu l’envie de faire de la musique. Les Pixies ont fait beaucoup de belles choses, et elles ne l’ont jamais été autant que quand ces deux-là parvenaient à s’entendre. On aurait aimé voir cette synergie œuvrer à nouveau, pour une dernière merveille...


Franck A.

vendredi 24 décembre 2010

Christmas Shamrock

jeudi 28 octobre 2010

Foals : they won't get fooled again

Foals, Total Life Forever

Nombreux sont les groupes qui, après un premier album encensé par la critique et apprécié par le public, tombent dans la facilité, versent dans le commercial et nous délivrent une sombre daube, un purulent étron en guise de second album (ou pire, se prostituent littéralement et détruisent une de leurs chansons en la donnant à une publicité du Crédit Agricole, je ne vise personne...). On pourrait citer par exemple Kings of Leon, qui après un premier album absolument génial, nous ont livré trois autres albums en demi-teinte et un dernier carrément fade auquel j'ai personnellement bien du mal à trouver un intérêt (Come Around Sundown). Il conviendrait de dénoncer également la mauvaise pente prise par les Kooks sur quelques chansons de leur second album, alors que l'on avait pu ressentir sur le précédent une recherche et une inspiration plus approfondie (la suite en février pour la sortie de leur prochain album). Trêve de digressions, recentrons nous sur le groupe sur lequel il était initialement prévu que je parle.

Inquiétudes écartées, donc, pour Foals, qui après l'excellent Antidotes signe avec Total Life Forever un album encore plus abouti, réussissant ainsi à innover, à explorer des horizons musicaux sans cesse élargis sans pour autant trahir leurs racines musicales.

Principal changement : l'agressivité du premier opus y apparaît plus contrôlée, non pas bridée mais plutôt plus maîtrisée. Les mélodies sont encore plus aériennes que sur Antidotes, les ambiances sonores, encore plus riches (si c'est possible). La rigueur et la précision avec laquelle chaque phrase est ciselée et chaque effet est créé laissent deviner un travail colossal et harassant accompli en amont. Nos quatre Londoniens ont en effet repoussé les limites du masochisme et choisi de s'enfermer pendant plusieurs mois dans un studio improbable au fin fond le la Suède (autant dire aucun risque d'être emmerdés) pour mettre au monde leur projet. Ils ont ainsi repris et repris encore chacune de leurs compositions avec un perfectionnisme les ayant poussés, selon leurs propres dires, au bord de la démence. Le résultat est époustouflant : une claque monumentale, on serait même tentés de les encourager à se torturer (oui encooore!) si c'est pour nous pondre de pareilles merveilles.

L'album commence sur le morceau intitulé Blue Blood, avec une note harmonique de guitare répétée avec un fort écho, comme pour apporter à l'ouvrage une première signature du groupe britannique. Le chanteur entonne les premiers mots de la chanson, puis c'est au tour de la basse de marteler le riff principal, bien aidée en cela par les percussions. On ne peut qu'être sidérés par le fait que les ruptures entre couplets calmes et planants et refrains plus rock, pourtant fortement marquées tant au niveau du rythme que de l'atmosphère, paraissent naturelles, presque évidentes. Un pont mêlant miraculeusement ces deux ambiances a priori opposées nous accompagnera même par la suite jusqu'à la fin du morceau. On pourrait ainsi encenser la plupart des morceaux de l'album et crier au miracle toutes les trente secondes, mais je me contenterais, par souci de concision et au prix d'un déchirement insoutenable, de ne vous décrire que les titres les plus représentatifs du disque.

J'ai alors naturellement le devoir d'évoquer la chanson éponyme, Total Life Forerver. Sans doute un des titres les plus rock de l'album, au moins au niveau de l'instrumental, il est également un de ceux qui nous évoqueront le plus Antidotes. Spanish Sahara constitue un autre exemple de morceau de haut vol aux débuts envoûtants annonçant peu à peu une montée un puissance et en volume pour finir en authentique orgasme sonore. Alabaster s'inscrit également dans la même veine (mais on ne s'en lasse pas), et pousse plus loin encore la recherche mélodique et harmonique, sans réelle explosion ou démonstration de force cependant. Je finirai sur 2 Trees, un titre d'une mélancolie poignante, traversé d'un chant à plusieurs voix, de guitares lointaines et plaintives sur un fond de percussions légères...

Total Life Forever est sorti il y a déjà six mois, et on ne peut que s'étonner du (trop) peu de succès qu'il rencontre pour le moment, tant les critiques se sont montrées unanimes à son égard. Pourquoi diable en parler s'il a déjà six mois? Pour la simple et bonne raison que Foals est actuellement en tournée pour cet album et que la formation de Yannis Philippakis passera à Lille le 16 novembre. Ayant moi-même eu du mal à garder mon flegme et mon sens critique devant pareille merveille seul avec un casque sur les oreilles, on ne peut qu'imaginer ce que cet album pourrait donner en live... concert à ne manquer sous aucun prétexte!!!

Lucas M.

Trêve de Barâtin

CARL BARÂT

Incompréhension et réticence furent les deux mots que m'inspirèrent au premier abord la sortie de cet album solo du moins connu des deux leaders emblématiques des - jusqu'à récemment - feu Libertines. En effet, il est de notoriété publique que ces derniers se sont reformés cet été pour quelques concerts rageurs Outre-Manche. Drôle de moment choisi par notre ami Carl pour sortir un album solo, et singulière manière de promouvoir cette reformation du groupe, se dira-t-on. Réticence également : car pendant que son frère ennemi Peter Doherty nous gratifiait ça et là de quelques pépites depuis 2004 et la dissolution des Libertines, que cela soit avec les Babyshambles (on pense notamment a l'incontournable Delivery et dans une moindre mesure Fuck Forever et autres...) ou en solo (Last of the English Roses, un album très réussi que je ne peux que conseiller, avec notamment le titre Salome), Carl Barât pataugeait avec les laborieux Dirty Pretty Things qui semblaient plus à l'aise dans la transpiration que dans l'inspiration. Réticence accentuée par une pochette absolument infecte.

Une fois n'est pas coutume, le contenu de l'album va s'évertuer à me contredire. À l'image de son compère Doherty (bien que plus tardivement), Carl Barât semble s'être enfin décidé à cesser de se planquer derrière sa guitare électrique pour s'ouvrir à des horizons plus larges au sein desquels violons, pianos et parfois cuivres (sur Run with the Boys notamment) se font une place. Sa voix ne braille plus mais raconte une histoire, et ce dès le premier morceau, the Magus, à la mélodie douceâtre et envoûtante. Vient ensuite Je Regrette, Je Regrette, dont l'intro pourra nous rappeler celle de don't look back into the sun, l'intro seulement car par la suite des claviers et quelques touches bien senties de piano, de xylophone (si si!) viendront agrémenter une mélodie inspirée, et dont on peut sans doute prédire sans trop s'avancer qu'elle sera la chanson la plus « connue » de l'album, ce qui n'est assurément pas à prendre comme un défaut ici. Avec She's something, Barât nous offre un morceau acoustique pour le moins réussi, aux rythmes variés et à la mélodie réellement plaisante. Dans The Fall (un de mes morceaux préférés dans cet album), Carl créé une atmosphère dérangeante, voire inquiétante, mais séduisante au possible, chantant d'un ton grave, parlant presque par moment. So long, my lover est sans doute (avec je regrette, je regrette) le morceau plus pop et le plus accessible (moins révolutionnaires mais pas moins agréables) de l'album qui donc risque également de bien marcher auprès du grand public. Même lorsqu'il n'utilise que les ingrédients rock classiques (guitares, basse et batterie), Carl Barât cherche ici à innover, à se créer un style propre, par exemple grâce à quelques accords de pianos comme sur le très réussi What have I done. Je finirais sur Ode to a Girl, balade magnifique composée sur un fond de piano lointain sur lequel se greffent le murmure de Carl, quelques arpèges de guitare cristallines puis de légers roulements de caisse claire, à peine audibles...

Il convient donc de saluer cette première expérience de Songwriter/storyteller pour le moins concluante de celui qui était resté trop longtemps dans l'ombre de son ex-acolyte, Pete Doherty. Comme ce dernier sur son album solo, Carl ne se sera pas contenté de recycler la recette rocks-libertines en une dizaine de nouveaux morceaux, mais aura su créer un univers autour de son projet, lui insuffler une âme. Cet album nous présente donc un Carl Barât plus mature, décomplexé musicalement et à qui il est à l'évidence arrivé au moins une fois dans sa vie d'écouter quelques CD d'un certain David Bowie...

Carl Barât sera en concert le 4 novembre (avec The Drums en première partie) à l'Aeronef dans le cadre du festival « Les Inrocks Black XS ».

Lucas M.

dimanche 3 octobre 2010

Sea of Cowards


Je ne dirais jamais du mal de Jack White, j'aime trop le personnage pour cela. Grand chanteur, guitariste inspiré, homme de scène électrisant. Rien à dire. Mais reste que depuis (qui date de 2001 tout de même; un bail), Jack, dont on se demande si on peut encore dire de lui qu'il est le leader des White Stripes, n'a sorti que des albums moyens, traversés ça et là de chansons géniales ("White blood cells", "Prickly thorn", "Sweetly worn", "A martyr for my love for you", "The denial twist"). Si vous me demandez, la mode des projets récréatifs pue en général: allez parler de side project à Keith Richards, il est probable qu'il vous rira au nez. Si le polygamisme musical réussit à certains, pour Jack, j'ai un doute. Il a certes écrit des trucs affolants avec les Raconteurs: "Steady as she goes", certes pompé plus qu'a moitié sur un morceau de Terry Reid (pour le coup, Jack n'est pas fan de Led Zep pour rien , eux qui ont également largement "emprunté" à Bert Jansch ou Jake Holmes, entre autres. Pas que ce soit très grave d'ailleurs), "Broken boy soldier", ou surtout le faramineux "Carolina drama". L'an dernier, on avait eu droit à la première tentative de Dead Weather, le nouveau jouet de Jack White. Soit 43 minutes de blues-rock hommage à ses prédecesseurs seventies. L'album était, parait-il, "brut", "jouissif", "sensuel". C'était surtout informe, tonitruant, vaguement gothique et très balourd. Rien d'impérissable en somme. Certes Alisson Mosshart est une appétissante potiche, elle miaule même joliment et dans son perfecto et son slim, elle est à crever. Mais ça ne fait pas tout.

A l'écoute de Horehound, on restait déjà sur notre faim en fait de stupre et surtout de mélodie, si ce n'était sur un très beau "Will there be enough water", long blues anesthésié qui clôturait le premier album. Pas plus de mélodies ou de moments aussi fort pour ce deuxième essai, mais il serait injuste de ne pas saluer les deux, trois bizarreries présentes ici, mélanges de méchants petits riffs, de clavier entêtant, de chant morgueur et sexy qui font que cet album est très supérieur au premier, notamment le premier single "Die by the drop", un "I can't hear you" lorgnant vers le blues funky d'un Hendrix en fin de vie, et surtout "The difference between us", morceau étrange que je me suis surpris à écouter en boucle.

Tout cela est quelquefois pénible ("Loooking at the invisible man", "I'm mad", "Blue blood blues"...), on voit à peu près ce qu'ils ont voulu faire mais ça ne marche vraiment que par intermittence comme dans l'album des Them Crooked Vultures.

L'explication de la relative faiblesse de ces albums (même si encore une fois Sea of cowards est nettement meilleur que le premier) va de soi ; les chansons sont composées collégialement. Or Jack White n'a jamais été aussi bon que seul avec sa sœur ( je sais "seul avec quelqu'un c'est idiot mais vous m'avez compris). Un groupe, quoi qu'on en dise, c'est souvent la vision d'un seul. Deux exemples qui me viennent; à partir du moment où Fogerty et Townshend ont laissé les autres membres participer au processus d'écriture, ça a été la chienlit pour Creedence et les Who. Et pour cause; ça traduisait moins une volonté généreuse de faire participer le reste du groupe qu'une panne d'inspiration de leur part. (Comme toutes les règles trop générales, celle qui précède s'avère souvent fausse)

D'où la question, Jack White va t-il rentrer au bercail et réengistrer sous l'appellation White Stripes ? Un documentaire sur leur dernière tournée, parait-il très bon, Under great white northern lights, semble plutôt entériner l'idée d'un fin du duo bicolore. Affaire à suivre donc.

Vianney G.

lundi 31 mai 2010

Klaxons, Myths of the Near Future (2007)

Peu de groupes peuvent se vanter d’être à l’origine de la création d’un nouveau terme pour désigner leur musique. Pourtant, à la sortie de Myths of The Near Future en 2007, premier album des Klaxons, un journaliste du magazine britannique NME ne trouvera pas d’autres moyens pour définir le style de ces londoniens, qu’il qualifiera de « new rave ». Combinaison de rock, d’électro et de sonorités démentes, il est vrai que faire rentrer les Klaxons dans une case est particulièrement ardu…

Dès le début de l’album, le ton est donné avec « Two Receivers », qui s’ouvre sur un son saturé, lourd et orageux laissant penser à l’auditeur que le morceau va s’emballer et exploser. Et pourtant, ce sont des sonorités très claires, même cristallines qui vont prendre le relais et offrir un contraste plaisant à l’oreille. Puis une ambiance électronique vient entourer le morceau, avec la voix caractéristique de Jamie Reynolds et de ses compères. Le second titre, « Atlantis To Interzone », fait référence à la mythique cité perdue Atlantis, ainsi qu’à une nouvelle de William S. Burroughs parlant d’une micro-nation imaginaire d’Afrique. Encore plus que dans « Two Receivers », l’auditeur est pris dans une avalanche de sons, avec des sirènes de détresse, une voix de fond qui vient parfois hanter le morceau tandis que la guitare fait régulièrement son apparition pour rythmer la chanson et lui apporter un semblant de normalité.

Après cette entrée en matière assez explosive et originale, c’est le retour de sonorités un peu plus légères avec le tube « Golden Skans », son refrain captivant et les voix des membres du groupe se combinant en un chœur agréable, dans lequel on se laisse rapidement embarquer. Poursuivons avec le trop peu connu mais pourtant très entraînant « Totem on the Timeline », directement suivi par « As Above So Below » et ses guitares archi-saturées. « Isle of Her » n’apporte pas grand-chose à l’album, au contraire de "Gravity’s Rainbow", qui renoue avec des sonorités plus libérées et se laisse écouter avec plaisir. Après un morceau plus calme « Forgotten Works » vient le plus gros tube de l’album, « Magick », et son intro très réussie qui amorce une suite terriblement entraînante. Et effectivement, on n’est pas déçu, les alternances subites entre des parties instrumentales rapides et des passages plus posés et plus axés sur les voix rythment parfaitement le morceau et lui donnent toute sa vigueur.

Voici la fin de l’album avec une reprise très prenante de Grace, « It’s Not Over Yet », suivi par un des plus bizarres morceaux de cet album, « Four Horsemen of 2012 ».
C’est donc un ensemble aux sonorités assez expérimentales et osées que les 4 membres du groupe nous proposent, et sa qualité indéniable sera entre autres récompensée par le Mercury Music Prize, qui consacre le meilleur album britannique ou irlandais de l’année.

Après 3 ans sans album, un nouvel opus est enfin sur le point de voir le jour. Sa date et son nom sont encore incertains, mais les Klaxons ont d’ores et déjà mis en ligne un premier single intitulé « Flashover ». Le groupe semble s’orienter vers des sonorités plus rock avec davantage d’importance accordé à la guitare, ce qui n’est pas surprenant quand on sait que c’est Ross Robinson, un producteur américain de groupe de métal qui a supervisé cet album. Pas d’inquiétude cependant, le style bien caractéristique des Klaxons reste très présent, et ce premier morceau est vraiment bon, très rythmé et ne lasse pas, écoute après écoute. L’attente sera longue…


Franck A.